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AEI : Les grandes mutations technologiques mondiales, quel positionnement pour le Maroc dans le cadre de son nouveau modèle de développement ?



Le discours royal à l’occasion du 66ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple a lancé la réflexion sur la mise en place d’un nouveau modèle de développement. En effet, SM Le Roi a appelé tous les acteurs politiques, économiques et civils à proposer leur vision d’un modèle inclusif, durable et cohérent, mettant la prospérité du citoyen au cœur de ses objectifs.
Le Parti de l’Istiqlal a été précurseur dans l’élaboration et la conception d’une proposition de ce modèle qu’il a soumis au cabinet royal dès le 11 Janvier 2019.



Ce modèle, qui s’articule autour de six ruptures courageuses, préconise, entre autres, le passage d’un modèle basé essentiellement sur l’édification des infrastructures à un modèle de construction de capacités.

Le PI propose, à juste titre, d’investir dans le capital immatériel, dans les capacités humaines et les capacités de production de technologie et d’innovation. Il est donc logique de se demander :
Quel positionnement le Maroc devrait-il avoir au regard des grandes évolutions technologiques que connait et connaitra le monde au cours des deux prochaines décennies et comment les prendre en charge par son nouveau modèle de développement ?

Nous vivons une époque de grandes mutations technologiques qui régissent pratiquement tous les aspects de notre vie quotidienne. A titre d’exemple, plus de 70% de Marocains ont un smartphone qui les connecte au savoir universel, avec des algorithmes intelligents qui analysent leurs données et proposent des produits et des services sur mesure. Dans le milieu professionnel, l’usage de la technologie permet d’atteindre plus de performance, d’améliorer la productivité et de créer plus de valeur.
Sans prétendre à l'exhaustivité, et à titre d’exemple, on peut citer certaines grandes les principales mutations technologiques identifiées, telles que: i) la 5G et l'internet des objets, ii) l'automatisation du travail lié au savoir, iii) le Cloud et le Big Data, iv) l’intelligence artificielle, la robotique avancée et l'apprentissage-machine, vi) les véhicules autonomes et quasi autonomes, vi) la génomique et la médecine de nouvelle génération, vii) les nanotechnologies, viii) les énergies renouvelables et le stockage d'énergie, ix) l'impression 3D, x) les blockchains, etc.

Les effets positifs de la science, de la technologie et de l’innovation sur le développement des sociétés ne sont plus à démontrer.

En effet, elles permettent l’amélioration de la productivité des facteurs humains et matériels, de leur croissance économique, de la création d’emplois, de la réduction des inégalités et de l’amélioration de l’inclusion territoriale et sociale. Cependant, il est légitime de se demander si nous avons pleinement conscience des grands enjeux économiques, sociaux et culturels qui accompagnent ces mutations et, surtout, si nous devons nous contenter d’un rôle de simples consommateurs ou si nous devons, au contraire, aspirer à un rôle plus actif et plus volontariste dans le développement et l’adoption des nouvelles technologies.

Afin de se pencher sur cette question, l’AEI a organisé, le 30 novembre 2019, une journée d’étude portant sur le thème «Les grandes mutations technologiques mondiales, quel positionnement pour le Maroc dans le cadre de son nouveau modèle de développement ?».

Cette journée a connu la participation de chercheurs, d’opérateurs économiques, de décideurs publics, de représentants de la société civile et d’experts nationaux et internationaux. L’objectif principal était de présenter les principales ruptures technologiques à travers des exemples et projets concrets et, surtout, d’aboutir à des recommandations pour intégrer, de manière active et volontariste, certaines de ces technologies dans le modèle de développement de notre pays.
Dans ce cadre, nous exposons ici des exemples de réalisations nationales dont les approches d’implémentation et les modèles opérationnels peuvent inspirer d’autres réalisations sur des technologies différentes.
Dans le secteur de l’énergie, les systèmes de stockage revêtent une importance particulière pour le Maroc et pour le monde, en général, grâce aux synergies avec le secteur des énergies renouvelables, dont notre pays est l’un des leaders au niveau africain. En effet, le solaire et l’éolien étant des sources d’énergie intermittentes, l’énergie produite doit être consommée sur le champ ou alors stockée pour un usage ultérieur. Parmi les solutions disponibles, les batteries lithium-ion, invention de notre fierté nationale, Pr. Rachid Yazami, permettent un stockage modulaire et sécurisé, grâce à son système intelligent de gestion de la batterie (Battery Management System). L’utilisation de l’intelligence artificielle et, plus spécifiquement, des algorithmes d’apprentissage machine, permet d’obtenir encore plus de performances et d’optimiser le mode de fonctionnement. Au-delà des grandes centrales ENR, les petites installations ENR off-grid chez les particuliers et les entreprises, ainsi que les programmes de mobilité électrique urbaine peuvent profiter de cette technologie.

Sur le plan de la sécurité alimentaire, l’OCP utilise l’innovation et la digitalisation pour accélérer la transformation du secteur agricole au Maroc et en Afrique. Grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle, des algorithmes d’analyse de données et des interfaces mobiles intuitives, les agriculteurs reçoivent un suivi et un conseil personnalisé adapté à la nature de leurs sols et aux conditions climatiques. Ceci leur permet d’optimiser leur production et de créer plus de valeur. Le déploiement de ces solutions digitales en milieu rural nécessite un accompagnement rapproché sur le terrain et un travail de vulgarisation et de communication sur ces nouveaux modes opératoires.

Dans le domaine de la recherche et du développement, Mascir est une fondation à but non lucratif créée en 2007 pour promouvoir la recherche scientifique et le développement technologique. Le centre est organisé en trois pôles de recherche : la biotechnologie, la micro-électronique et les matériaux. Il mène des projets de R&D appliquée en agriculture et agro-alimentaire, en énergie et environnement, en santé et bien-être, en transport, en valorisation des ressources naturelles, en stockage et conversion de l’énergie et en nanotechnologies pour la santé. Mais au-delà des sujets pointus que la fondation traite, son modèle opérationnel et son positionnement au sein du secteur industriel est tout aussi innovant. En effet, Mascir s’inscrit dans les stratégies nationales en offrant une alternative optimale aux industriels pour innover dans leur domaine d’activité. Grâce à ce positionnement, les industriels minimisent le risque lié à l’investissement en R&D et profitent des solutions innovantes et des équipements à la pointe de la technologie ainsi que des compétences humaines de haut niveau.

Pour sa part, le domaine de la santé est aussi concerné par les révolutions technologiques. Il est l’un des leviers stratégiques de notre développement économique et social. Des traitements innovants commencent à faire leur apparition au Maroc comme l’utilisation des cellules souches. Le recours à ces cellules permettrait de guérir des maladies chroniques ou dégénératives. Pour chaque maladie, la procédure est la même: l'extraction des cellules puis leur réinjection dans l’organisme, après traitement dans une machine spécialisée. L’université est amenée à jouer un rôle prépondérant dans la mise en place et la promotion des innovations des sciences de la vie. 

Cela dit, malgré l’émergence de ces nouvelles formes de thérapie, les inégalités sociales et spatiales persistent et l’accès aux soins est loin d’être un acquis, surtout dans le milieu rural et les zones reculées. Dans ce sens, des expériences ont eu lieu pour démocratiser l’accès aux soins et développer un système égalitaire en mettant en place des services à distance. Ces expériences ont adopté la méthodologie agile, très prisée dans le milieu de l’entreprenariat, afin de déployer des preuves de concept à périmètre et échelle réduits, faire des itérations sur le service si nécessaire, et enfin, procéder à un déploiement généralisé de la solution. Ces initiatives partagent la même vision de la technologie comme un vecteur d’inclusion et de démocratisation de l’accès aux services par toute la population.

Au vu de ces illustrations, nous pensons que le Maroc a le potentiel de développer son positionnement sur les nouvelles technologies pour passer d’un mode de consommateur passif à un rôle de producteur actif. Pour cela, le Parti de l’Istiqlal et son think-tank économique (AEI) préconisent d’emprunter, sans plus tarder, le Boraq Technologique, en prenant en compte les recommandations suivantes :
  • Elaborer une stratégie nationale ambitieuse pour un positionnement proactif du Maroc dans les mutations technologiques. Ce schéma directeur technologique doit être doté d’un cap, d’une vision et d’une volonté politique afin de mener une action volontariste et intégrée. Cette stratégie s’appuierait sur une analyse des tendances mondiales en matière de production et de consommation des nouvelles technologies et des capacités actuelles et futures du Maroc dans ces domaines (formation, règlementation, R&D…). Il en déduirait un positionnement  et une feuille de route pour y arriver. Partant de cette démarche, il convient de :
 
  • Recommandation : Adopter une gouvernance adaptée à cette nouvelle stratégie nationale. Nous avons l’obligation d’oser la rupture et de changer notre modèle de gouvernance pour suivre et anticiper le rythme soutenu des innovations technologiques, ce que les modèles de gouvernance traditionnels ne permettent pas d’achever.
 
  • Recommandation : Oser le saut technologique (Leapfrog) dans l’adoption des technologies de demain. La Maroc ne peut plus se permettre de s’attarder dans une progressivité déjà obsolète, surtout que nous avons des exemples concrets de pays en voie de développement qui ont réussi le saut technologique (le Rwanda, le Kenya ou l’Estonie). La réussite du Maroc dans le secteur de l’automobile et l’aéronautique nous montre que nous pouvons nous positionner sur d’autres secteurs tout aussi pointus.
 
  • Recommandation : Mesurer avec précision l’impact des mutations technologiques sur le marché de l’emploi. Les nouvelles technologies vont créer des emplois et en détruire d’autres. Dans notre logique d’action volontariste et visionnaire, nous devons mener une étude préemptive de l’impact des nouvelles technologies sur le marché et intégrer un chantier de formation et  reconvertion des compétences nationales à notre stratégie nationale.
 
  • Recommandation : Favoriser les nouvelles technologies et la R&D qui répondent aux besoins africains pour aider au développement à l’international des entreprises marocaines.
 
  • Mettre en place un arsenal administratif, réglementaire et financier propice au développement des nouvelles technologies. Le décollage de ce secteur vital ne peut s’appuyer que sur les compétences et le savoir-faire. En effet, des mesures administratives, règlementaires et fiscales doivent accompagner cette dynamique de développement. Sur ce volet, il faut :
 
  • Recommandation : Aligner le budget de la R&D nationale progressivement avec les benchmarks internationaux. La R&D au Maroc ne pourra se développer que si le schéma directeur technologique ci-dessus est doté des moyens financiers adéquats pour mener à bien les programmes d’innovation.
 
  • Recommandation : Encourager les investisseurs nationaux et internationaux à accompagner le développement des secteurs liés aux nouvelles technologies au Maroc. Le positionnement actuel du Maroc présente de nombreuses opportunités d’investissement sur des secteurs prometteurs et en cours de maturation comme l’industrie 4.0, les énergies renouvelables et les systèmes de stockage. A titre d’exemple, le Maroc peut devenir leader continental sur la production de batteries Lithium-ion puisque le Cobalt est l’une des richesses minérales du pays.
 
  • Recommandation : Mettre en place des mesures incitatives pour l’innovation et la création des entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies. A commencer par la simplification des procédures de création d’entreprises et l’octroi des licences et des agréments nécessaires à travers un guichet unique pour ce type d’entreprises. Il serait tout aussi judicieux de proposer des allégements fiscaux afin de stimuler le décollage de cette activité (crédit de recherche, financement).
 
  • Recommandation : Assurer l’inclusion digitale et contribuer à la réduction de la fracture sociale. A travers le développement de plateformes collaboratives ou de solutions digitales au service du citoyen, des TPE, des autoentrepreneurs, des associations, des coopératives et des artisans, ainsi que la démocratisation de l’accès et l’utilisation des nouvelles technologies chez les populations défavorisées.
 
  • Recommandation : Prioriser les innovations technologiques qui seront facilement adoptées par les citoyens ou qui répondent à un vrai besoin national L’appropriation par la société des innovations technologiques est un enjeu majeur pour leur diffusion à grande échelle et la création de nouveaux marchés.
 
  • Accompagner la R&D appliquée par la mise en place d’écosystèmes dédiés. Ces écosystèmes favoriseront la fluidité des transferts technologiques et la mutualisation des risques liés à l’investissement en R&D. Il faudrait donc :
 
  • Recommandation : Développer les liens de partenariat et de collaboration entre les laboratoires R&D, les universités et le monde de l’entreprise. Le développement pérenne des nouvelles technologies devrait combiner les apports des différentes parties prenantes de l’écosystème. La méthodologie scientifique rigoureuse, La mise en place d’un mécanisme de mutualisation technique de la R&D, la veille technologique et la quête de modèles économiques viables et soutenables sont nécessaires à l’éclosion de solutions technologiques à utilité nationale et portée internationale.
  •  
 
  • Recommandation : Renforcer l’écosystème de plateformes d’incubation, d’accélération et de développement commercial des startups technologiques. Les incubateurs et les accélérateurs soutiennent un nombre croissant de startups marocaines tout au long de leurs différentes phases de croissance. Il faudrait renforcer ce tissu déjà existant en le dotant d’une réglementation qui protège les intérêts des TPEs et favorise leur développement.
 
  • Développer les compétences et la qualité du capital humain dans le secteur des nouvelles technologies. L’actif principal dont dispose notre pays est sa ressource humaine. C’est donc par l’accompagnement de celle-ci, sa mise à niveau et son accompagnement que le Maroc disposera d’une main d’œuvre qualifiée, capable d’analyser, de conceptualiser, d’implémenter, de créer et d’innover. Ainsi, il faut :
 
  • Recommandation : Définir une stratégie de formation professionnelle mettant l’accent sur les nouvelles technologies et les métiers de demain. Cette stratégie doit être établie en concertation avec les entreprises et les startups et en tenant compte des avancées et tendances technologiques sur le plan mondial. Ainsi, elle sera en mesure d’aboutir à la formation de profils alignés aux besoins de développement des entreprises et du marché.
 
  • Recommandation : Renforcer les cursus scolaire et universitaire par des programmes sur la culture de l’entreprenariat et les nouvelles technologies. Cette culture est nécessaire pour faire décoller le secteur des PME, premier créateur d’emploi au niveau mondial. Le Ministère de l’Education devrait adopter, dans sa feuille de route, toutes les mesures susceptibles de libérer l’esprit de créativité, d’innovation et d’initiative des futures générations.
 
  • Recommandation : Développer des partenariats avec des universités et laboratoires R&D spécialisés. Parce que nous vivons dans un monde connecté, il est nécessaire de s’ouvrir à d’autres horizons et s’exposer à d’autres modes de pensée, d’analyse et de production. Le Maroc doit mettre en place des programmes de partenariats et d’échanges sur des domaines technologiques pointus. Ces échanges doivent avoir lieu entre universités, mais aussi entre universités et entreprises.
 
 

Mrs. Mehdi SEBTI, Younes HAFFANE, Badr HEJIRA
Commission des Nouvelles Technologies de l'AEI






Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info




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