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Faire de la diplomatie économique une priorité politique



Le monde évolue désormais sur un échiquier mouvant.
Le contexte international actuel nous rappelle que l’expression de diplomatie économique ce n’est pas seulement de dire aux diplomates de consacrer plus de temps aux enjeux économiques, c’est aussi que ces enjeux économiques et en particulier commerciaux peuvent se retrouver au cœur des tensions internationales de la grande diplomatie.



La remise en cause par l’administration du président Trump d’arrangements multilatéraux durement acquis, comme celui avec l’Iran, et du développement d’une politique commerciale unilatérale agressive fait craindre une « guerre commerciale » généralisée. En effet, on constate que les États-Unis sont amenés à prendre des positions extrêmement dures non seulement contre la Chine, mais aussi contre leurs plus fidèles alliés, Union européenne ou Canada. Des prises de position justifiées, selon le président des États-Unis, par l’ampleur des déséquilibres commerciaux bilatéraux qui viennent ainsi affecter les alliances les plus anciennes, donc les fondements des relations internationales. C’est l’autre versant de la « diplomatie économique » : les questions économiques et commerciales peuvent être au cœur des rapports de force entre puissances et c’est ce qui se passe actuellement. La mission de l’État stratège est donc de préparer les entreprises à affronter les marchés internationaux, puis de les y accompagner avec des dispositifs spécifiques, mais aussi de les protéger contre les pratiques déloyales et les mesures unilatérales et parfois extraterritoriales de leurs concurrentes et des puissances étrangères.

Diplomatie économique : ingénierie professionnelle de l’influence.

Désormais la diplomatie économique est un outil majeur de la compétition internationale des Etats qui leur permet, entre autres, d’influencer les décisions internationales à caractère économique.
En d’autres termes, la diplomatie économique est l’ingénierie professionnelle de l’influence, cette dernière se repose sur une action permanente et à travers des réseaux multiples, des partenariats et la coopération. Ce qui signifie d’avoir les capacités de coopérer sur certains sujets avec ses concurrents. Or il est obligatoire de très bien connaître ses compétiteurs pour décider de coopérer ou non avec eux, c’est la raison pour laquelle la diplomatie économique doit être impérativement liée à l’intelligence économique qui a pour but de collecter et analyser l’information stratégique dans le but d’influencer et de se protéger.

Maroc : objectif d’ancrage au cercle des pays émergents.

En ce qui concerne notre pays, SM le Roi a régulièrement mis l’accent sur le volet économique dans ces derniers Discours. Il a insisté sur la volonté résolue du Maroc d’intégrer dans les prochaines années le cercle des pays émergents. Cet objectif ambitieux fixé par le Chef de l’Etat nécessite la mise en place d’une stratégie efficace et de réformes structurelles profondes.
Dans un contexte d’une économie mondiale globalisée et fortement compétitive l’ancrage du Maroc aux pays émergents passe obligatoirement par l’exportation de nos produits et services à l’international. Ce qui fait que le commerce extérieur doit être une priorité économique majeure, et sans que cela ne mette en péril certains secteurs d’activité encore fragiles. Pour cela, Il serait opportun de mener une stratégie communément appelée la « stratégie du bouclier » permettant une intégration sélective dans l’économie mondiale alliant secteurs protégés et dynamisme des exportations et des investissements extérieurs (IDE).

Le Maroc doit appréhender la diplomatie économique comme un facteur essentiel d’influence.

En effet, dans cette guerre économique que se livrent les grandes puissances, le Maroc doit trouver un équilibre subtil qui permettra in fine, d’un côté, de protéger les secteurs d’activité encore fragiles et pas encore en mesure de se confronter à la compétition internationale et d’un autre côté, de mener une politique agressive et dynamique afin de promouvoir ses exportations et attirer les IDE créateurs d’emplois. La poursuite de ces objectifs complémentaires ne peut se faire qu’à travers une diplomatie économique performante. 

Toujours mobilisée par des préoccupations traditionnelles, notre diplomatie, n’a pas encore suffisamment adapté ses objectifs, ses moyens et son organisation pour faire du volet économique une de ses premières priorités. 

Or, il est impératif d’arrêter de croire que l’économique n’est que l’extension du champ diplomatique traditionnel de l’Etat. Et les mesures prises par certains pays développés, fermeture de plusieurs ambassades et consulats au profit d’une réaffectation des moyens vers les pays émergents, démontrent que l’importance prise par les réalités des marchés dans les décisions internationales ainsi que leur interdépendance met l’économie au centre de toutes les décisions, ce qui a complétement bouleversé l’action extérieure des Etats.

Aujourd’hui, la diplomatie d’un pays ne peut rester centrée uniquement sur les questions politiques car l’économique est devenu le cœur des relations internationales. C’est pourquoi, à la lumière de ce qui précède, je souhaite voir le rattachement du Ministère du Commerce Extérieur à celui des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale. Cette mesure prendrait sens dans une « Task force » ministérielle resserrée, cohérente et efficace. Aussi, elle permettrait à nos entreprises d’avoir un interlocuteur unique au Maroc et à l’étranger et à nos diplomates de mieux comprendre et de s’imprégner des enjeux et des besoins de nos entreprises exportatrices pour pouvoir défendre efficacement les intérêts stratégiques de notre pays.

Hicham EL AADNANI
Consultant en Intelligence Economique et Stratégie d’Influence





Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



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