Menu

Il y a 76 ans, le Manifeste de l’Indépendance



Quand une jeunesse éclairée a porté le rêve d’émancipation à bout de bras



Le 11 janvier 1944, le Parti de l’Istiqlal présente au Sultan Mohammed V et au Résident général de France au Maroc le Manifeste de l’Indépendance. Rappelant que le Maroc a été, avant le protectorat français imposé en 1912, un Etat libre et souverain pendant 13 siècles, ce texte revendique la fin du protectorat et le recouvrement de la pleine souveraineté. La présence française, parvenue juste dix ans auparavant à venir à bout de la résistance armée à son instauration, en fut alors définitivement ébranlée. 12 ans après, l’indépendance du Maroc fut proclamée. Et ce , grâce à une jeunesse nationaliste instruite, la célébration de cet événement servant à en perpétuer l’exemple.

11 janvier 1944-11 janvier 2020, 76 ans se sont écoulés depuis la présentation du Manifeste de l’indépendance. Trois générations plus tard, que peut encore signifier cette date et ce texte symboliques pour les Marocains ?
« Un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir », disait Winston Churchill.

Une poignée de jeunes marocains instruits qui exaltent et mènent un mouvement national pour l’émancipation, dans le contexte d’un protectorat qui s’est traduit concrètement par une administration directe, alors que le tumulte d’une féroce résistance armée à la pénétration française vient à peine de se taire et que des pays arabes d’Orient ont accédé à un semblant d’indépendance (Royaumes d’Irak et d’Egypte), telle est l’esquisse que l’on peut sommairement tracer de cette phase de l’Histoire du Maroc fraîchement entré dans la modernité et toujours fortement attaché à ses racines.

Rupture dans la continuité Tout l’intérêt que peut avoir une lecture de ce grand moment que fut la présentation du Manifeste de l’Indépendance, le 11 janvier 1944, réside dans celle de ses causes et motivations, puisque l’après, on en vit les fruits.

Voilà une nation millénaire, le Royaume chérifien, soumise, en 1912, à un protectorat français qui n’a vraiment réussi à s’imposer sur l’ensemble du territoire qu’en 1934, quand s’achève la campagne militaire de l’Anti-Atlas. Mais avant même que Assou Oubasslam ne dépose les armes après la bataille de Boughafer, en 1933, qu’un jeune homme de 18 ans, Ahmed Balafrej, futur premier secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, crée, en 1926, « la Société des amis de la vérité » à Rabat. Le rejet de l’occupation étrangère se rajeunit, s’urbanise et revêt, désormais, une dimension essentiellement politique.
 
Le savoir qui libère Les rentrées scolaires de 1926 et 1927 connaissent des inscriptions massives, les Marocains veulent instruire leurs enfants, ayant pris conscience que seul l’accès au savoir est de nature à leur donner les armes nécessaires pour se débarrasser d’une tutelle coloniale qui leur a été imposée moins de deux décennies avant. Le premier coup de pelle du protectorat français pour creuser sa tombe fut sa tentative de soustraire les tribus berbères au droit musulman, les jeunes esprits éclairés nationalistes ayant aussitôt perçu dans le Dahir berbère la volonté française de diviser la population marocaine et réduire la stature du Sultan. Le vendredi 27 juin 1930, se répand de la Grande mosquée de Salé une foule révoltée qui invoque le « latif ».

Quelques jours après, ce sont les mosquées de Rabat, Fès, Marrakech et Casablanca qui s’enflamment. Le journal « La Nation Arabe », dirigé par l’intellectuel nationaliste arabe Chakib Arslan, diffuse l’écho du mouvement protestataire à l’international. Le résident général de France au Maroc, Lucien Saint, recule. Le nationalisme marocain est né.
Au nom de Dieu, du Sultan et de la patrie La motivation religieuse est un facteur déterminant de la dynamique émancipatrice impulsée par le Mouvement national embryonnaire, l’Islam le ciment fédérateur de la nation marocaine, depuis sa création par Idriss 1er, que quelques contemporains surdiplômés mais mal avisés ont souvent tendance à  sous-estimer.

Autre élément marquant de cet éveil nationaliste, pour la première fois dans une société marocaine très traditionnaliste, la jeunesse instruite et politiquement consciente prend les devants et la vielle génération consent à la soutenir, ce qui est en soi une véritable révolution. Une fois l’étincelle de l’émancipation allumée, les évènements vont vite s’enchaîner.

Le 18 novembre 1933, la fête du trône est, pour la première fois, célébrée à Fès. Le « Comité d’action marocaine », fondé en 1934 par Allal El Fassi, avec Ahmed Balafrej et Mohamed Hassan El Ouazzani, est la toute première formation politique regroupant l’ensemble des nationalistes.
 
Le Plan des réformes marocaines Le parti nouvellement constitué se dis
tingue, la même année, par la présentation du Plan des réformes marocaines, qui ne revendique pas encore l’indépendance, mais dresse un sévère réquisitoire contre les pratiques de l’administration coloniale et défend les droits des Marocains. Parmi leurs requêtes, plus d’établissements scolaires secondaires pour les jeunes marocains, le Maroc ne comptant, à l’époque, pas plus de 2 collèges musulmans, ceux de Rabat et de Fès.  En 1936, Allal El Fassi crée le Parti national, qui parvient à mobiliser les masses. Suite aux manifestations du Mouvement national, qui agitent les grandes villes, le Parti national fut interdit en 1937, ses leaders jetés en prison.

Le 18 novembre1943, le Parti de l’Istiqlal tient, clandestinement son congrès constitutif. Les promoteurs du Mouvement national exploitent à merveille la participation du Maroc à la 2ème guerre mondiale et le débarquement des troupes américaines à Casablanca, pour donner une visibilité internationale à leur cause et susciter des soutiens. 

Le vent de liberté balaie le protectorat Quand le Parti de l’Istiqlal présente le Manifeste de l’indépendance, le 11 janvier 1944, le Mouvement national s’est suffisamment renforcé, grâce à une assise populaire élargie aux centres urbains comme aux zones rurales, pour afficher publiquement l’ambition des Marocains à reconquérir leur indépendance, sous l’égide du Sultan Mohamed Ben Youssef. Les leaders nationalistes sont, encore une fois, emprisonnés, le Sultan déposé et exilé, les manifestations pour l’indépendance réprimées dans le sang, des condamnations à mort sont prononcées, mais le sort en était déjà jeté. Le 16 novembre 1955, feu Mohammed V rentre d’exil. Le 2 mars 1956, le Maroc accède à l’indépendance.     

Émancipation et développement, une continuité Les leaders du Mouvement national étaient, pour la plupart, très jeunes, peu nombreux, mais instruits, attachés à leurs racines religieuses et profondément imprégnés de l’idéal nationaliste. Ils ont amené l’occupant français, après une lutte acharnée et maints sacrifices, à plier bagage. C’est surtout cette ferveur nationaliste et cette volonté de bâtir un Maroc nouveau et meilleur pour tous ces citoyens qui est la leçon à retenir. Alors que le Maroc est en cours d’élaboration d’un nouveau modèle de développement, cette inspiration d’un passé récent est là pour nous rappeler qui nous sommes et ce que nous avons toujours voulu.

Ahmed NAJI






Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



Inscription à la newsletter






Mizane l'application mobile "All in one du Parti de l'Istiqlal





lopinion.ma est un site généraliste qui informe sur les principaux faits de la vie au Maroc et dans le monde. : Politique, Economie, Société. Environnement, Développement, Culture et Sport

Suivez-nous
Facebook
Twitter
YouTube