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Les« Politiques sectorielles à l’horizon 2020 »



Le temps du bilan et les enseignements d’une démarche



Par Abdellatif MAZOUZ

Depuis plus de quinze ans, le Maroc a adopté une démarche de développement économique, basée sur une approche essentiellement sectorielle. Cette démarche s’est particulièrement illustrée dans les domaines du tourisme, de l’artisanat, de l’industrie, de l’agriculture de la pêche, de l’énergie, des infrastructures, de l’habitat, des exportations, de l’économie sociale et bien d’autres.
 
Chacune de ces démarches stratégiques a porté un nom et s’est fixée des objectifs à différents horizons, dépendamment de la période de leur lancement et de l’autorité gouvernementale qui en a été l’initiatrice.

Ces stratégies sont essentiellement animées par l’objectif de développer l’offre nationale, en quantité et en qualité et la rendre plus compétitive sur les marchés national et international. Attirer des investissements marocains et étrangers, créer des emplois, accroitre les exportations et améliorer la croissance économique de notre pays sont également des objectifs communs à la quasi-totalité de ces stratégies.
Ces stratégies ont, chacune dans son domaine permis de créer une dynamique autour du secteur concerné et donné de la visibilité audit secteur, au niveau national et/ou international.
Dans le cadre de cette réflexion, j’ai voulu m’arrêter sur un concept qui m’a séduit au cours de cette période et qui me parait porteur sur le long terme ;« les Métiers Mondiaux du Maroc ». Je m’y arrête, parce que ce concept a survécu aux changements des dénominations de la stratégie sectorielle qui le porte et parce qu’il peut aussi, à mon avis, dépasser la frontière des seules activités auxquelles il est actuellement associé.
Les 3M ont souvent été ramenés aux trois domaines que sont l’automobile, l’aéronautique et l’offshoring. L’élargissement à d’autres activités industrielles a du mal à se concrétiser sur le terrain. Les activités 3M bénéficient d’une attention particulière du Gouvernement et de ses encouragements en termes d’incitation et de promotion des investissements et des exportations.
 
Les Métiers Mondiaux du Maroc « 3M »sont devenus plus qu’un générique ; c’est un concept qui a le mérite d’exister depuis 2008, et d’être le catalyseur d’une dynamique sectorielle, favorable à l’investissement (Emergence, puis accélération industrielle) et à l’exportation (Maroc Export Plus). Les démarches adoptées et les premiers résultats réalisés, depuis 2010 offrent certaines réussites bénéfiques pour notre économie, particulièrement dans les secteurs automobile, aéronautique et offshoring.
 
L’idée est de construire une démarche intégrée de développement de tout secteur ou activité pouvant porter le « Label 3M». 

Il est bien entendu que les priorités économiques et sociales mises en place par les pouvoirs publics et les spécificités sectorielles doivent être respectées, tout en bénéficiant d’une vision d’ensemble (et non en silos) de notre développement et des synergies qui peuvent s’en dégager.
Un Métier Mondial du Maroc (3M) peut être défini comme : «un ensemble d’activités complémentaires, constituant tout ou partie d’un écosystème, pour lesquelles notre pays dispose, d’atouts logistiques, naturels (position géographique, matières premières, etc.) ; de ressources humaines, de connaissances scientifiques et d’expérience technologique lui permettant d’intégrer les chaines de valeur mondiales, continentales ou régionales dans de bonnes conditions de compétitivité. Ce sont des activités productives de valeur ajoutée nationale, totalement ou partiellement exportatrices ».

Ces Métiers sont aussi porteurs de l’image du Maroc sur les marchés mondiaux.
 
Les Métiers Mondiaux du Maroc dépassent les frontières du secteur industriel. 
 
Les 3M identifiés actuellement, peuvent être classésen Trois groupes :
 
1- Les 3M historiques : les phosphates et dérivés, le textile-habillement, la filière agroalimentaire incluant les produits de la terre et de la mer, les mines, le tourisme et la Finance.
 
2- Les 3M émergents : l’automobile,l’aéronautique,l’électronique etl’offshoring ; auxquels on peut ajouter la monétique, l’électronique, les produits pharmaceutiques, les travaux publics et les télécommunications… (la liste n’est pas exhaustive)
 
Cinq secteurs faisant partie de ces 2 premières catégories ont fortement contribué à la croissance de 10,2% enregistrée par nos exportations des biens en 2018. Cette dernière a en effet été portée à hauteur de 82%, successivement par les phosphates et dérivés, l’automobile, l’agroalimentaire, l’aéronautique et le textile (2 métiers émergents et 3 historiques).Le Tourisme et l’offshoring constituent l’essentiel de nos exportations de services.
 
3- Les 3M du futur sont des produits et des services que le Maroc peut développer, encourager et promouvoir dans le cadre de son nouveau modèle de développement. Ils doivent inclure les nouvelles technologies dans lesquelles notre Pays souhaite se positionner en tant qu’acteur international de référence. 
 
Notre pays a marqué ses premiers pas dans les domaines des énergies renouvelables et de l’économie verte en général et dans les nono-technologies. Ces domaines comme ceux de l’intelligence artificielle et de l’internet mobile peuvent constituer des secteurs de positionnement volontariste pour notre économie, nos entreprises et nos chercheurs dans le futur proche. Le recours bien préparé aux compétences de nos MRE peut constituer un grand atout dans ce sens. 
 
Il en ressort que la démarche 3M ne doit ni se disperser, ni s’enfermer dans une logique de silos strictement sectoriels prétextée par l’organisation des départements gouvernementaux. 
 
Pour en tirer profit, la démarche 3M doit intégrer : 
 
- Les métiers historiques (faisant partie de notre capital immatériel), au même titre que les métiers émergents (dont il faut régulièrement actualiser la liste) et les métiers futurs (dans une vision anticipative et volontariste) ;
- Les entreprises marocaines, et notamment les PME, au même titre et dans les mêmes conditions que les investisseurs étrangers. 
- Les start-ups porteurs de projets innovants, quelle que soit leur taille, et qui peuvent faire partie des écosystèmes que constitue le métier mondial concerné. 
- Les acteurs régionaux des activités pouvant générer des emplois et de


la valeur dans des régions peu intégrées au processus de mondialisation de notre économie. Les exemples vécus dans les énergies renouvelables,le tourisme, l’artisanat, l’exploitation et la valorisation des ressources minières et agricoles peuvent être mis à profit pour l’élaboration de stratégies régionales intégrées incluant les infrastructures, l’aménagement du territoire, la dimension humaine et environnementale, etc.
 
C’est à ces conditions que nous pouvons avoir des métiers intégrés, producteurs de valeur ajoutée nationale et créateurs d’emplois durables pour notre pays, voire pour notre Continent.
 
Malgré les limites que connait notre modèle actuel de croissance, notre pays a réalisé des avancées et bénéficie d’atouts qui peuvent nous permettre de mieux positionner notre économie dans les chaines de valeur continentales et mondiales et nous autoriser à croire à un avenir bien meilleur. Le Maroc a mis en place les principaux éléments facilitant ce positionnement :
 
- Par les infrastructures portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, par satellites, fibres optiques, etc ;
- Par les Accords stratégiques et les Accords de libre-échange avec les grandes puissances économiques de ce monde, avec nos voisins du continent et du monde arabe ;
- Par une politique énergétique innovante, propre et connectée aux réseaux internationaux.

A quelques mois de 2020, une année marquant l’échéance d’un ensemble de stratégies sectorielles,et dans la perspective de l’adoption d’un nouveau modèle de développement humain, durable et inclusif, il serait opportun de faire le Bilan de ces stratégies en termes d’aboutissement, de pertinence et d’atteinte des objectifs fixés. Il est aussi important de prendre en considération les défis et les opportunités de la nouvelle dimension africaine de notre pays (CEDEAO, ZLECA) et celles que peut nous offrir une digitalisation accélérée de certaines activités. 
 
2020 devrait être non seulement l’année des bilans, mais surtout l’occasiond’envisagerune nouvelle définition et priorisation de nos stratégies sectorielles dans le cadre du nouveau modèle de développement pour les 20 prochaines années.
 
Abdellatif MAZOUZ
Professeur Université Hassan II

 





Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



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