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MICRO-CRÉDIT, MACRO-PROFIT ?



Le micro-crédit est un emprunt d’un faible montant contracté par une personne à revenu limité. Celle-ci n’a généralement pas accès au système bancaire classique. Par conséquent, le passage par une association de micro-crédit est l’une des rares alternatives restantes à cette personne (artisan, commerçant…) pour financer son investissement ou besoin en trésorerie. Si le montant du prêt reste faible au Maroc, les taux d’intérêt appliqués (souvent à deux chiffres) restent particulièrement élevés par rapport à ceux pratiqués par les banques conventionnelles. Ainsi, le micro-crédit ne s’est-il pas transformé en instrument de profits démesurés, dénué de sa dimension citoyenne et solidaire?



Dans son rapport annuel sur la supervision bancaire pour l’exercice 2018, Bank Al Maghrib, la banque centrale marocaine, a indiqué que l’encours des crédits octroyés par les 13 associations de micro-crédit a augmenté de 3% pour s’établir à 6,8 milliard de dirhams. Les profits réalisés sur la même période ont cru de 5,6% pour atteindre 190 millions de dirhams. L’encours moyen par client a connu une hausse de 1000 dirhams, à 8000 dirhams en 2018, montrant ainsi l’élan positif du secteur. Ces chiffres confirment la tendance de ces 5 dernières années, où la microfinance a renforcé sa présence auprès de la population à faible revenu et exclue du circuit bancaire.
 

Cependant, bien que le profil de la clientèle adressée par la microfinance paraît plus risqué, les chiffres démontrent l’inverse. En effet, les taux de créances en souffrance dans ce secteur sont généralement stables autour de 3%, contre un taux de 8,5% pour les banques classiques. En d’autres termes, une association de micro-crédit a plus de chances de récupérer l’argent prêté qu’une banque conventionnelle! L’exposition au risque de défaut des associations de microcrédit est donc plus réduite. D’où l’importance de revoir à la baisse les taux d’intérêt appliqués!
 

Après avoir parlé de profit, nous allons parler maintenant de rentabilité, et plus particulièrement de celle des capitaux investis dans le secteur. Selon le même rapport de Bank Al Maghrib, la rentabilité des capitaux propres se situent aux alentours de 6,5%. C’est-à-dire que 100 dirhams investis génèrent 6,5 dirhams de profits. Ce ratio avoisine les 10% pour les banques classiques. Ces dernières sont donc plus rentables que les associations de micro-crédit bien qu’elles facturent des taux d’intérêt plus faibles aux clients et présentent un niveau de créances en souffrance plus élevé.  A quoi ce paradoxe est-il dû? Les banques conventionnelles, contrairement aux organismes de micro-crédit, bénéficient, à travers leur rôle d”intermédiation, d’un financement à un faible coût. En effet, l’accès aux dépôts des clients et aux marchés des capitaux assure à ces institutions des ressources financières avantageuses. La microfinance marocaine, quant à elle, cherche ses ressources auprès des banques locales et institutions financières internationales. Elles font face à un taux de financement plus onéreux auquel s’ajoute les coûts liés à la couverture du risque de change.
 

La microfinance a permis à une tranche de la population marocaine non bancarisée d’accéder à un financement rapide et de bénéficier d’un soutien à ses micro-projets. La dimension citoyenne de ce secteur doit être un catalyseur pour réduire les taux d’intérêt et poursuivre l’inclusion des femmes et des jeunes, particulièrement ceux issus du monde rural, dans le tissu économique du pays. La hausse du plafond des crédits à 150 000 dirhams, actée récemment, reste insuffisante. Accompagner et conseiller les emprunteurs dans leurs projets actuels et futurs, les aider à s’organiser et se professionnaliser, renforcer les mécanismes de garantie de l’Etat, telles sont les missions de la microfinance et du gouvernement pour relancer l’ascenseur social.

 

Par Kamal Zine,

Consultant en banque et assurance à Paris, diplômé de Sciences Po Paris


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