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Vie chère et inflation modérée au Maroc: le grand malentendu



"Le gouvernement est appelé à travailler d'urgence à la réconciliation du pouvoir d'achat avec les besoins du citoyen."



Vie chère et inflation modérée au Maroc: le grand malentendu

 Au Maroc, les chiffres de l’inflation (sur 12 mois glissants), communiqués par le Haut Commissariat au Plan (HCP) et la Banque Centrale (Bank Al Maghrib), restent inférieurs à 2%, voire 1% pour certains mois. D’un point de vue macro-économique, ce niveau de variation des prix reste raisonnable. D’ailleurs, la Banque Centrale Européenne se fixe comme objectif ce niveau d’inflation, c’est-à-dire 2%, car il est jugé opportun pour garantir une croissance économique stable et durable.

Si l’inflation reste modérée selon le prisme macro-économique, le citoyen marocain, quant à lui, à une perception de la vie de plus en plus chère. A titre d’exemple, seuls 4,5% des ménages arrivent à épargner, selon une étude du HCP publiée ce mois-ci. Alors, quelles sont les raisons expliquant ce décalage entre l’érosion du pouvoir d’achat et l’inflation “modérée”?


L’inflation est la variation de l’indice des produits à la consommation (IPC). On peut calculer cette variation entre 2 mois consécutifs. Mais souvent, on se concentre sur la variation de l’IPC du même mois entre 2 années consécutives. C’est ce qu’on appelle l’inflation sur 12 mois glissants. L’IPC est un indice composé d’une pondération de prix de biens et services correspondant aux dépenses du consommateur marocain. La dernière actualisation de ces pondérations par le HCP remonte à 2018 et a donné lieu aux coefficients suivants :
 

Produits alimentaires, boissons (alcoolisées et non alcoolisées), tabac: 38,8%

Logement, eau, électricité et autres combustibles: 14,5%

Transport et communication: 12,9%

Enseignement: 6,3%

Santé: 7,7%

Habillement et chaussures: 4,3%

Autres: 13,3%


Si les composants du panier paraissent exhaustifs, l’adéquation de leurs coefficients à la répartition des dépenses des ménages soulève plusieurs interrogations. Pour un ménage moyen ayant un revenu mensuel de 10.000 dirhams, paie-t-il 1450 dirhams de traite ou de loyer, de charges d’eau et d’électricité? Dépense-t-il 630 dirhams pour la scolarisation de ses enfants? Réserve-t-il 430 dirhams pour l’habillement de son foyer? Je pense que la réponse est évidente!
 

Le taux d’inflation mesure une variation des prix. Or ces derniers sont déjà à un niveau élevé par rapport au pouvoir d’achat des Marocains. La flambée des prix de l’immobilier durant les 15 dernières années, surtout dans les grandes villes où se concentre la classe moyenne, la hausse des frais de scolarité à cause de la demande croissante provoquée par la désertion de l’école publique, sont devenues les deux principaux fardeaux sur le dos du Marocain. Ainsi, parler d’une légère variation d’une base de charges assez importante (logement, santé, éducation, eau, électricité, carburant...) constitue déjà une hausse significative par rapport aux augmentations très limitées des salaires, aussi bien dans le secteur public que privé.
 

Aujourd’hui, dans le Maroc de 2019, l’IPC, dans sa composition actuelle, capte mal le changement des habitudes de consommation, et par conséquent la perception du coût de la vie par le citoyen. En effet, à l’aune de la mondialisation et des réseaux sociaux, le consommateur marocain, que ce soit dans le milieu urbain ou rural, dans un quartier populaire ou huppé, veut afficher son côté “in”, à sa manière et selon ses repères socioculturels. Il veut s’offrir le dernier smartphone pour publier sa dernière story “no filter”. Il veut partager sa dernière coupe de cheveux ou son dernier voyage (ou déplacement géographique). Le Marocain d’aujourd’hui ne cherche plus à subvenir uniquement à ses besoins vitaux d’antan. Il cherche à se procurer l’estime de ses concitoyens; recherche qui est devenue un besoin élémentaire dans son nouveau paradigme de vie.
 

Les bouleversements socioculturels que connait la société marocaine, avec une jeunesse confrontée à la fois à un sentiment de vie chère et à un besoin “vital” de s’afficher à travers des moyens matériels ou virtuels, conduiraient à l’exacerbation de l’insatisfaction sociale actuelle. Le gouvernement est appelé à travailler d’urgence à la réconciliation du pouvoir d’achat avec les besoins du citoyen.


Kamal Zine
Membre du comité central du Parti de l'Istiqlal

Consultant en banque et assurance à Paris, diplômé de Sciences Po Paris

Source : https://www.huffpostmaghreb.com/entry/





Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



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