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Vote obligatoire



Des bruits courent ces derniers temps concernant une éventuelle réforme du code électoral visant à rendre le vote obligatoire lors des prochaines échéances électorales. Cette mesure, sans doute nécessaire, au vu des taux souvent vertigineux d’abstentionnisme enregistrés dans notre pays, appelle plusieurs lectures. Tout d’abord, notons qu’une telle décision, au cas où elle serait réellement actée, ne déroge pas à l’air de son temps marqué par un interventionnisme étatique de plus en plus accru dans les affaires dites sociales et de citoyenneté.



La relance réussie du service militaire obligatoire en est, entre autres exemples, l’une des plus récentes et des plus symptomatiques illustrations. L’autre lecture est que pareille décision, une fois prise, sonnera définitivement le glas de toutes les tentatives avortées de réconciliation des Marocains, notamment les plus jeunes, avec la chose politique. Doit-on en rougir ? Rien n’est moins sûr.

Le benchmark régional et international de telles expériences nous apprend, en effet, que le Maroc n’est ni le premier, ni le dernier pays à adopter une telle démarche contraignante. Plus de 22 Etats répartis aux quatre coins du globe ont choisi ce mode obligatoire. De prime abord, on serait tentés de croire qu’il s’agirait plutôt de dictatures héritées de l’ère stalinienne.

Mais la cartographie de ces Etats nous apprend que cette mesure, en vigueur dans certaines nations parmi les plus démocratiques du monde, est complètement indépendante du mode de gouvernance. C’est notamment le cas de la lointaine Australie qu’on ne peut pas taxer d’autoritarisme, comme c’est le cas du Luxembourg, de la Grèce, de la Roumanie et de la Belgique où les abstentionnistes encourent des sanctions pécuniaires et administratives plus ou moins sévères allant de la privation de passeport, jusqu’à l’interdiction d’exercer dans la Fonction publique.

Plus proche de nous et signe des déchirures socioculturelles de notre monde arabo-musulman, en Libye et en Egypte, le vote est obligatoire pour les hommes et pour les femmes, mais les sanctions en cas d’abstention injustifiée ne sont applicables qu’aux électeurs mâles. Toutefois, c’est dans les pays d’Amérique Latine que le vote obligatoire a le plus cours, même parmi les Etats les plus rompus aux pratiques démocratiques tels que le Brésil ou encore le Mexique. On rappellera également que le vote obligatoire au cas où il serait institué au Maroc, ne serait pas vraiment une nouveauté. Car malgré l’absence de toute référence à d’éventuelles sanctions, l’inscription sur les listes électorales générales est depuis bien longtemps obligatoire.

Plus que cela, les natifs des années 1950, 1960 et 1970 se remémorent sans doute ces années, pas si lointaines, où le Moqadem, en sa qualité de bras long du ministère de l’Intérieur, incitait à coup de menaces à peine voilées les gens à participer aux opérations de vote, au risque de se voir priver de documents administratifs comme la carte d’identité nationale, le passeport et autres certificats de résidence. Si vote obligatoire il y aura, ce ne sera donc qu’officialisation de pratiques officieuses très répandues, mais complètement illégales. Et c’est tant mieux. Reste enfin à savoir ce que voteront ces électeurs contraints ? L’expérience a démontré que c’est dans les pays où le vote obligatoire est en vigueur que le phénomène des votes blancs est le plus répandu. Espérons que ce ne sera pas le cas au Maroc.   

 Majd El ATOUABI





Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



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