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Winners…et losers



Mis à part dans le football où les Tunisiens ont souvent campé le rôle de bêtes noires des Marocains, le Maroc et la Tunisie sont deux pays tempérés et responsables qui semblaient partager plus de points d’accord que de désaccord. L’entente est telle qu’on a coutume de regretter ici comme en Tunisie que nos deux pays séparés par l’Algérie n’aient pas de frontières directes.



Mais voilà que depuis cette funeste soirée de Radès du 31 mai, rien ne va plus entre ces deux nations qui ont toujours su faire preuve d’une grande capacité à maîtriser leur fougue. Un air de baston règne désormais sur nos relations avec nos amis «phéniciens». Le litige post-match retour de la ligue des champions est en train de prendre des dimensions aussi inquiétantes que ridicules. Et comme c’est désormais de coutume, le champ de bataille désigné de cette rixe n’est autre que les réseaux sociaux où Marocains et Tunisiens s’écharpent à coup d’insultes et de provocations.  
 
Au milieu de cette honteuse surenchère, quelques voix éclairées appellent à l’apaisement (voir  la tribune de Mondher Zouiten en page 2). Côté tunisien, on invoque la visite officielle historique en juin 2014 de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans une Tunisie branlante à peine sortie de sa révolution. En se baladant dans les avenues et les ruelles de Tunis avec un dispositif de sécurité allégé, le souverain marocain avait voulu lancer un message clair et rassurant au monde entier. Ce message peut être résumé ainsi : la Tunisie est un Etat stable, paisible et sécurisé.  

Côté marocain, et en dépit de la concurrence commerciale qui oppose nos deux pays, la position officielle de la Tunisie sur le dossier du Sahara marocain, marquée par une neutralité positive plus en faveur des thèses marocaines que de celles de leurs adversaires, a toujours été appréciée à sa juste valeur. En gros, la Tunisie, et contrairement à l’Algérie, est ce cousin maghrébin avec qui on peut se concurrencer, faire des affaires, voire même se chamailler, sans que cela ne prenne des dimensions primitives et sanguinaires.  

Mais voilà que tout cela est en train de s’effriter à cause du ballon rond. Dans la quiétude de leurs salons, des légions d’anonymes et de pseudo-célébrités sont en train de se livrer une bataille de "losers" aussi lâche que féroce.  

Les hostilités sont montées de plusieurs crans après la décision de la CAF, annoncée mercredi 5 juin à Paris, de faire rejouer le match en terrain neutre. Vu du Maroc, ce verdict est non seulement jugé équitable puisqu’il vient réparer l’injustice du match de Radès, mais il est surtout considéré comme une décision flatteuse qui consacre l’attitude de gagneur désormais assumée et préconisée par les responsables marocains lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts du pays à l’international. On en avait eu un premier aperçu lorsque le Maroc avait réussi à faire annuler par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) la sanction de la CAF lui interdisant de participer à la Coupe d’Afrique des Nations suite à sa décision de ne pas accueillir cette compétition en 2015 en raison de la pandémie du virus Ebola.  

Cette attitude de «winners» est aujourd’hui devenue la norme dans d’autres registres hautement plus significatifs tels que le commerce international, la diplomatie et plus largement l’ensemble des relations internationales. Bien plus que le résultat final d’un match de football qu’on finira immanquablement par oublier, c’est sans doute cette attitude teintée de leadership qui explique aujourd’hui l’agacement de nos amis tunisiens. 

Majd EL ATOUABI





Avertissement : Il est à noter que la version officielle de ces publications demeure la version en arabe publiée sur le portail istiqlal.info



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